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Entrevue d’Adeline avec Sophie Poirier, sur la chaîne Youtube Ma Voie

Sujet: L'intégration d'une française au Québec



Bonjour, Mon nom est Sophie Poirier et je suis la fondatrice du concept Ma Voie. Le titre de l'entrevue d’aujourd'hui est Une écrivaine, de la naissance à l'éclosion.


Mon invitée vient donc nous parler de l'intégration d'une Française au Québec… en fait, de son intégration personnelle. Elle est à mes côtés!


—Bonjour, ma belle Adeline, comment vas-tu?


­—Bonjour, quelle joie pour moi d'être ici, avec toi Sophie! Je suis tellement heureuse de répondre positivement à ton invitation! Je veux t'en remercier, car c’est une chance et un privilège d’être invitée à ton émission. C'est tellement beau que je me dois de répondre ‘présente’, car c'est bien, tout ce que tu fais : tu nous inspires, Sophie!


—C'est une joie pour moi de faire cette émission et d'inviter de belles personnes comme toi, ma chère Adeline! Alors, merci pour tes encouragements! Allons-y avec la première question : Tu me disais que tu as commencé à écrire dès l'âge de 4 ans… tu commençais déjà à mettre des mots en place! Puis, rapidement, tu t'es rendue compte que tu pouvais émouvoir les gens par l'écriture! Tu as été animatrice de tai chi, ensuite, tu es devenue professeur d'économie, de maths, à l’Université Concordia et à McGill à Montréal… c'est ainsi que tu es devenue amoureuse du Québec, finalement! Alors, afin d'aider les gens qui nous écoutent à bien comprendre le but derrière tout ce beau processus d'épanouissement, qui t'a amenée à écrire ton livre… eh bien, je dois te demander : Qu'est-ce qui t'a amenée à venir au Québec, Adeline?


—Merci, cette question est bonne. C'est pas vraiment ce qui m'a amenée à venir ici la première fois. J’étais venue au Québec pour un stage de yoga et de tai chi. Dès que j’ai posé le pied dehors, en sortant de l'aéroport, je me suis dit que cet endroit était vraiment beau… c'est vrai! En France, d’où je viens (malheureusement, mon accent m'a trahie… je viens de la France profonde!) Là, personne ne prend l'avion… quand on voit un avion, on se dit ‘mais qu’est-ce que c’est que ce truc?’… c’est comme ça, les avions qui passent par-dessus… là-bas, personne ne parle anglais, personne ne change… j’étais au fin fond de la Bourgogne, et c’était ça l'ambiance générale quand je vivais en Bourgogne. Moi, je me disais toujours que j’allais avoir la chance d’y aller. Moi, dès que je suis largement dedans, je tombe en amour et c'était avec McGill! Et je me dis, mais j'espère qu'un jour je pourrai y retourner, je vais retourner ici! Je suis venue pour 3 semaines, mais 3 semaines… et je vous en avais parlé, les Européens, ils pleurent; tout le monde pleure au moment de partir, ils s'embrassent (je sais, moins en ce moment). Mais c'est pas grave, tout le monde s'embrasse; eux, ils pleurent et disent ‘Je vais te revoir?’ et tout… Et moi, je me disais : je vais revenir (au Québec), et c'est ce que j'ai fait.


— Donc, c'est ça, tu étais vraiment venue passer 3 semaines, puis après tu es retournée chez toi. Et là, qu'est-ce qui a fait que t'es revenue?


— Après, alors moi, à ce moment-là, c’était pour faire mes études de doctorat. Et les gens, au moment de présenter ma thèse, alors les Français… (tu sais, j'ai l'impression qu'ils sont grands, pas comme les Anglais, mais quand même, ils sont grands) et ils m'ont dit : ‘Mais c'était magnifique, votre doctorat nous plaît beaucoup! Si vous restez ici, vous aurez un travail; tout est arrangé et tout.’ Et là, ils se mettent (c’est rigolo, mais ça fait un peu film américain, mais film américain sans effets spéciaux), ils se mettent comme ça, et ils disent : « Tu pars pas; on veut pas que tu partes. Tu vas aller où, là? » J’ai dit : « Je vais aller au Québec. » « Mais qu’est-ce qu’il y a, là-bas? » « Maintenant que j’ai fait mes études doctorales, je suis PhD en économie, je vais revenir au Québec. » « Et qu'est-ce que tu vas faire là-bas? » « Mais, je sais pas, il y aura… forcément, ils vont être contents de me voir avec mon petit sourire. Ils vont me dire ‘Ça nous plaît!’ » Et, entre vous et moi, je ne connaissais pas l'immigration, Madame Sophie, mais c'est pas grave… voilà, c'est tout!


— Finalement, quand t'es arrivée ici, tu as travaillé à l'université.


— Oui, oui, j’étais chargée de cours; j’avais 500 étudiants qui parlaient anglais. Je voulais enseigner en français; pour moi, c’était sûr, mais l'Université de Montréal, l’Université du Québec à Montréal… ils ne voulaient pas. Ils m'ont dit que je n’avais pas assez de séniorité. Ils ne voulaient pas de moi. Bon, c'est pas grave, je me suis dit ‘Bah, alors, je vais devoir apprendre l'anglais!’, parce que je parlais allemand à ce moment-là; mon ex était Allemand. Je l’ai rencontré en Autriche, donc je parlais allemand avec lui. Après, je me dis ‘Oh, alors maintenant, pourquoi ils ne veulent pas de moi?’ Puis après, j'ai quand même eu de bons contacts avec Kenneth Mackenzie. Puis ces gens-là, ils me disaient : « Mais écoute, si tu veux, tu peux! On se prend un café avec le Dr. Sherman! » Il dit : « J'en ai marre, tout le monde te connais, sauf moi! » Alors, moi j'arrive et il me dit : « Qu'est-ce que tu fais en septembre? » « Je sais pas… » Ce grand monsieur, il parlait anglais et français (un peu plus comme vous, mieux que comme moi, mais c'est pas grave), et il s’appelle John Galbraith. Je lui dis : « Monsieur, je vais devoir parler anglais! » Eh oui, et alors ça a été en anglais! J'ai donc commencé à McGill et après, à Concordia.


— C’est un beau cheminement…


— Mais, c'est beaucoup! Plus de 500 étudiants… tu ouvres la porte et… ouah!


— Je comprends, c'est quelque chose! Ça doit être impressionnant quand on commence comme ça!


— Moi, je lui dis : « Y'a pas de possibilités pour commencer en français? » Il me répond : « Non, mais je suis sûr que tu vas réussir! »


— Félicitations! Écoute, pour entrer un peu plus dans le vif du sujet, ce qui t’a amenée à écrire ton livre… je ne veux pas entrer dans les détails… il y a la maladie qui t’a causé de petits problèmes… ça a un peu désorganisé ce que tu avais envie de faire ici au Québec comme travail. À un moment donné, tu as ressenti le besoin d'aller à l'église d’Emmaüs?


— D’ailleurs, je vous invite chaleureusement à venir!


— Alors, qu'est-ce qui t'a donné cette envie? Si tu me permets, je peux lire aussi un extrait, pour montrer aux gens comment tu écris bien : « Donc à l'église, un seul critère d'entrée dans le groupe : il suffit d'être de sexe féminin. Parfois, certaines d'entre elles ne possèdent pas grand-chose, voire rien du tout, lorsqu'elles entrent dans l'Étude biblique pour dames. Pas de soucis, chacune sera rapidement accueillie, bien intégrée. On se réunira rapidement pour connaître cette nouvelle dame et combler ses besoins. On se fait toutes confiance. À écouter attentivement, on conclut que telle nouvelle dame est Britannique, une autre est peut-être d'origine hispanique. Dans le groupe WBS, on ne reste pas les bras croisés, on va lui demander, sans la gêner. Dans le groupe, on peut entendre divers accents, de bon nombre d'endroits différents : Canada, Angleterre, États-Unis, Europe et Chine aussi. »


— Alors, c'est très beau! Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu plus ce qui t'a amenée là?


— Oui, et merci d'avoir lu quelques lignes. Juste une petite précision à apporter : WBS c’est anglais et ça signifie Women Bible Study, c'est l’Étude biblique pour femmes en français. C’est pas toute l'église, c'est seulement une partie, où là, le seul critère pour en faire partie, c'est comme vous et moi, peu importe d'où vous venez, que vous ayez de l'argent ou pas (entre vous et moi, c’est à Westmount, t'inquiète pas!). Juste pour te dire que c'est là, ça leur fait rien ça, ils sont pas en train de juger. Tant que tu es une dame, tu as accès ce groupe. Si t'es un homme, je sais que t'as d'autres possibilités, je les connais pas. C'est pour ça toute l'entrée à Emmaüs Church (que vous prononcez super bien!) Je vous avoue, Sophie, je trouvais ça important d'avoir une vie spirituelle, c’est très important, que j'ai depuis toujours… j'aime toujours ça prier. Au début, au début de ma vie, donc en Bourgogne avec mon père Alain Saillard… lui est d’origine catholique, alors que ma mère était huguenote. Les huguenots, c'est comme Samuel de Champlain… Moi, je me disais toujours : ‘Je vais être protestante aussi.’


— Donc, toi tu as eu le choix. Finalement, toi, t'as décidé d'aller vers cette religion-là.


— C'est ça. Et ce qui a été déterminant, ça a été mes rencontres, dont je parle dans le livre justement. J'ai eu la chance que ça soit toujours là, c'était un hasard! Je prenais un taxi et je rencontre Mary Ramsay. Je me dis : ‘Wow! quelle joie d’avoir rencontré cette dame!’ Je lui dis : « Où allez-vous dimanche? »; elle me répond : « À Emmaüs Church. » Après ça… j'ai aimé ça et j'ai continué à aller dans cette église. Il faut faire attention, c'est pas une secte, c'est pas sectaire, là! À un certain moment, ma mère m'a dit : « Adeline, faut que tu fasses attention aux sectes! » Je lui réponds : « Maman, je reçois de l’argent; j’en donne pas! » Ils sont gentils, et jamais ils me demandent de l’argent.


— Les croyances, c’est vraiment personnel à tous et chacun. Moi aussi, c’est pareil, quand ça devient sectaire, c’est moins drôle… on se fait vider notre portefeuille et on n’est plus trop sûrs pourquoi on fait ça. Adeline, tu me disais que t'étais tombée en amour avec Terrebonne et le Québec! Ça t’a coûté le rejet de ta famille de France… qu’est-ce qui a entraîné le rejet de ta famille de France, qu'est-ce qui a fait en sorte que tu subisses ce rejet de ta famille, parce que tu es au Québec?


— C'est gentil ce que vous dites, parce que ma famille en France, justement, ça fait un moment que je me disais : ‘J'aime pas tous ces gens…’ Quand vous allez là-bas, c’est vous qui avez l'accent… ils parlent comme ça, tous ces Français. Les Québécois disent « Mais qu'est-ce que j'aime la France! », je leur dis : « Tu te rends compte, quand tu dois attendre 6 rames de métro pour aller à la Sorbonne, moi je ne veux plus vivre ici! » Quel ennui, ce truc! En plus, maintenant, il y a des grèves spontanées et tout ça… alors moi, j'ai pas envie de critiquer, on s'en fout, ils le croient, ils le font, c'est leur problème! Mais en quoi est-ce que moi j'ai envie de vivre là… bien sûr que c'est beau Montparnasse, la Tour Effel, je prenais des photos avant d'aller à la fac, je me rendais même pas compte que c'était là… Et les gens… après, c'est tellement touristique que, au final, je me disais, bon, j'ai plus envie d'y rester. Et ma mère, elle me disait : « Si tu quittes la France, c'est comme si tu meurs. » Alors là, pour elle, comment dire… elle a changé son comportement (elle est pas toute seule, mon petit frère aussi, et j'ai plus de contacts avec mon père…), elle n’a pas compris. Et ça a été dur, tu sais Sophie : d'abord, je vous connaissais pas… ça manque, parce que « Comment va ta mère? », me demande tout le monde qui l'ont rencontrée quand elle est venue au Québec (d'habitude, les Français, quand ils nous visitent, ils sont super heureux). Elle disait : « J'aime pas cet endroit! Je comprends rien à ce qu’ils disent! » Elle s’est pas sentie à l'aise. Je lui disais : « Mais, concentre-toi un petit peu, je vais t'aider! » Et moi, je traduisais tout; j'avais pas besoin de critique de sa part, juste besoin d'un petit temps et… quand t'as envie de comprendre (et ça, c'est un truc que je vous dis dans mon livre…) Quand t'as envie de comprendre…


— Tu fermes un peu ton esprit quand tu veux pas…


— C’est ça! Moi, je suis toujours surprise; je vous félicite personnellement parce que vous êtes pas dans le rejet. J'aime tellement les accents que, quand une personne se force, essaie de parler un petit peu (T'as compris? Tu veux que je change en anglais? Non, non, ça me dérange pas.) Et quand la personne dit : « Je parle pas anglais. », alors parle pas anglais, je vais comprendre! On fait des petites choses pour se comprendre. C'est ça que moi j'apprends au Québec : c'est un apprentissage pour moi!


— C’est merveilleux, c'est le fun! Mais, c'est certain que ça a dû te faire de la peine de perdre le contact avec ta mère…


— Bien sûr…


— C'est pas facile, mais parfois, on peut pas empêcher les gens d'avoir leurs croyances et leur vision des choses. Tu me disais aussi que tu voulais vraiment parler de la France? Il y a des Français qui ont inspiré ta vie… les Américains, les Autrichiens aussi! De quoi voulais-tu nous parler par rapport à ça?


— Globalement, ce dont je me rappelle le plus, c'était les professeurs. Quand j'allais à l'école… moi, j'étais bien à l'école, je faisais tout ce qu'ils disaient, je répétais, j'apprenais, tu dois répéter ce qu'ils disent, tu écris, tu répètes ce qu'ils disent… là, tu vas avoir une bonne note. J'étais toujours la première de la classe. Par contre, je faisais le bazar… en général, j'étais pas vraiment obéissante, à part pour un professeur. Il s’appelait Monsieur Winterlig, il était en Bourgogne. Il a parlé à mes parents et moi… ‘Qu'est-ce que j'ai encore fait?’ J'ai écouté à la porte… et je l’ai entendu dire : « Il faut surtout pas que votre fille arrête d’écrire, d’étudier, car elle a un don comme c'est pas possible! » Mes parents… surtout mon père… : « Mais qu'est-ce qu'on va faire, moi j'ai besoin d'aide pour mon entreprise! J'aimerais qu'elle fasse la comptabilité! » Ma mère : « Je sais pas… Adeline, il faut que tu sois plus obéissante! » Le professeur continue : « Elle est désobéissante parce qu’elle s'ennuie! » Il avait compris! Il avait adapté son enseignement : quand il disait : « Toi, tu vas lire une demi-page. » Moi, je lisais le livre entier! Il me faisait un petit clin d'œil, il faisait pas de favoritisme, pas de chouchoutage, c’est pas ça… mais je me rappellerai toujours de ça. Et après ça, j’ai étudié à McGill avec Kenneth Mackenzie, lui quand il m’a appris les maths, j'avais 100%. Il disait : « C'est pas croyable! » Mais là, je comprenais que c'est une éducation différente, la manière de noter… peut-être… en France, on te note sur ton instruction, ton intelligence… alors qu'ici, ils vont te noter, ils s'en foutent… t'as pas besoin de retenir la formule mathématique, tu peux avoir un petit truc à côté, mais ils vont te noter sur la manière dont tu vas le présenter. Ça, c'est vraiment beau – moi, j'ai dit que ça faisait encore un point de plus pour le Québec!


— Ah! C'est merveilleux! Si jamais j'ai des problèmes en mathématiques, je vais savoir qui appeler! Un autre sujet dont tu m'avais parlé (sens-toi bien à l'aise…) : tu avais été agressée à l'âge de 4 ans.


— J’aimerais en parler un petit peu, s'il vous plaît, Sophie. C'est pas pour moi personnellement… vous voyez, quand on a parlé de la vie spirituelle et tout ça… moi, je me suis réfugiée… je me disais : ‘C'est pas possible…’. C’est un truc qui reste; je m'en souviens encore… je suis pas capable de dormir la porte ouverte… et qu’une personne peut arriver derrière moi, je me sens trop mal à l'aise, voilà. Et puis, même si ces derniers temps, c’était c'est mon ex-conjoint (je voulais absolument un Québécois parce que je vous ai dit mon amour pour le Québec…). Mais, finalement, il m'a agressée lui aussi et j'ai mis du temps du temps à m'en remettre! Même ici, je dois encore saluer le Québec pour tout le temps qu'il faut prendre pour dire : « Il faut faire attention à toi! » La police qui est entrée chez moi juste pour me dire : « Écoutez, Madame, vous êtes en danger de mort, franchement, Madame! » Ça a été très beau, parce qu’ils sont tellement gentils… tout le travail qu'ils ont fait! Je leur ai dit : « Vous allez retourner dans votre bureau, il va rien se passer... » Et eux : « Non, non, nous on va vous emmener dans un endroit où vous serez épaulée, protégée. Il est important d'avoir de la protection; il faut que vous soyez protégée. » Je suis donc allée dans un refuge. Il fallait quand même faire ce qui est demandé, tu vois : il fallait être présent, écouter la thérapeute, y’a toujours une personne 24 heures sur 24. Si t'as une crise de panique ou quelque chose, tu peux y aller, la personne va prendre le temps de t’écouter. C’est un peu ça, je dois dire que c'est difficile et ça reste dans ta vie pour toujours. En ce temps-là, j'ai perdu mon petit sourire… c'est pas possible, quand t'es agressée, t’es meurtrie. Mais, au final, je pensais toujours dans mon cœur et dans ma tête qu'il y aurait toujours une solution et que ce sera toujours mieux.


Donc, ça ira mieux en allant à l'église… et même sans l'église… toutes les rencontres que je fais, Marion par exemple, la personne avec qui je suis amie. Je l’ai rencontrée par hasard dans la résidence où je suis, c'est des belles choses! Je me dis : « T'as le choix : soit tu pleures dans ton coin et tu bouges pas et t'es malade… »



— Exactement! tout est une question de choix, comment est-ce qu'on le vit… les difficultés, les épreuves, peu importe comment on appelle ça. Mais t'es une femme forte, tu as vécu des choses difficiles, mais t'as quand même gardé ton sourire… peut-être pas au moment où tu l’as vécu, évidemment, mais ensuite, t'as réussi à voir le bon côté de la vie. Tu as écrit… vraiment, un gros bravo à toi!


— Merci, Sophie!


— Le temps passe vite!... Pour moi, c'est important de parler aussi du texte que tu as écrit sur New York, parce que j'ai trouvé ça comique… en même temps, ça va t’amener à expliquer un petit peu certaines pensées que t'as eues… alors, je te le lis, si tu me permets…


— S'il vous plaît!


— OK. « Donc mon amie Noémie me murmure doucement : « Adeline, tu dois rester avec moi à chaque instant. Je dois aller chercher de l'argent. » Ainsi, en sortant de la station de métro Bronx, on s'assoit dehors, ma copine prend son portefeuille et répète : « Reste ici, ne parle à personne et surveille les sacs, OK? » Elle n'a pas fait 20 pas que 5 immenses ‘Black’ avec un immense sourire me disent : « Tu sembles tellement stressée, Madame! » En panique et pour seule réponse, je m'allonge de tout mon corps sur les sacs, le ventre tordu de douleur, l’estomac bouleversé de nausées… Imaginons ensemble le ridicule de la situation : la jolie demoiselle de 20 ans que j'étais, allongée sur ses sacs et incapable de prononcer un seul mot… Accrochez- vous, s'il vous plaît chers lecteurs, vous lisez bien… en fait, je tremblais de tout mon être, portant les mains au visage comme pour me protéger d'une éventuelle volée de gifles… Pourtant, ces 5 charmants garçons ont dit : « Protégeons-la, car elle est en danger ici. » Ils s'approchèrent de quelques pas; exactement de 5 pas… et au 4e mouvement, je me suis mise à hurler! Ils avaient pourtant posé leurs mains sur la tête pour ne pas m’effrayer! En entendant mes hurlements, voilà-t-il pas que Noémie sort de la banque en catastrophe, sa carte bancaire et ses billets à la main! Elle a simplement dit : « Merci, messieurs, c’est mon amie! » En y repensant, les yeux bien fermés, je souris… Mais pourquoi est-ce que cette rencontre avec ces gentils garçons a-t-elle pu me mettre dans un tel état? » Alors, je te pose la question : « Qu'est-ce qui s'est passé, Adeline, qu'est-ce qui t'a mise dans cet état? »


— Merci d'avoir lu tout ça! Par contre, il s'est rien passé! C'est n'importe quoi! Il y a des gens qui se font agresser, ça c'est clair! Mais moi… à ce moment-là, je dois dire… justement (j'en ai parlé tout à l'heure), je sortais plus ou moins de la France profonde… la Bourgogne et tout ça; y'a pas de Black là-bas, y'a pas de Noirs! Bien sûr, ça a changé, mais quand je vois tout ce Bronx, ce quartier… je me dis ‘Mais y'a même le chauffeur, le pilote, il est Noir!’ Mais c'est bête de dire ça, c’est bête d'avoir un préjugé, c’est idiot! Maintenant, ça a changé! Madame, pardon quand même, ç’était quand j'avais 20 ans, ça fait 15 ans! Je me disais : ‘Si je m’étends de tout mon corps, ils vont pas me toucher!’ Et alors, je me rappelle des pas, 4 pas, et au 4e pas... je hurle, ça y est, c’est sûr que je suis agressée…


— Tu avais vraiment peur, là!


— Merci de l'avoir lui, c’est juste pour montrer le ridicule d’une réaction qu’on peut tous avoir quand on voit une personne étrangère… tu vois, dans le mot ‘étrangère’, y’a ‘étranger’… c'est étranger; ça nous est étranger! Et vous, avec moi, j'ai pas ressenti que vous vous disiez… avec Edith Courtois, je me sens pas ‘à part’.


— Ben non! On te trouve tellement sympathique!


— Ça fait bizarre de rentrer en bus (j'étais allée à New York en bus)… quand tu reviens au Québec… ça y’est je suis revenue, mais vous vous rendez pas compte de ce qui s’est passé…


— T'avais aussi un autre événement qui s'était passé avec un Noir, un chauffeur de taxi, ce serait le fun que tu le racontes! Ah oui, ton chauffeur de taxi!


— J'étais en train de regarder toutes les formules mathématiques; j'étais en train de les pratiquer parce que j'arrivais pas à trouver la solution. À McGill, il fallait que je présente et tu sais, c'est dur, parce que les logarithmes et toutes les exponentielles, faut que je fasse ça, mais ça reste coincé, j’y arrive pas. Mon cours est à 8h, alors je suis dans le taxi à 7h15… et le monsieur il me regarde intensément… « Madame, qu'est-ce que je peux faire pour vous? » « Monsieur, ce que vous pouvez faire pour moi, c'est m'emmener à McGill (là, j’étais très désagréable), désolée, moi j'ai pas le temps, dépêchez-vous de m'emmener! » « Non, non, je vous parle de votre formule… « Bah, je vous permets pas! » « Non, mais je vous proposais de vous aider… » « Monsieur, vous êtes mathématicien? » « Attention, laissez-moi faire! » Respectueusement, il a pris mon crayon, il a fait tout, tout, tout! « Monsieur, vous vous rendez compte de ce que vous venez de faire? » Il a dit : « C'est pas ça? » « Oui, c'est parfait! C'est la solution! Et après, vous allez me déposer là, sur le trottoir? « Mais non! Je vous emmène comme prévu! » « Mais, mais, mais… expliquez-moi! » « C'est parce que j'étais mathématicien en Haïti! » « Et maintenant? » « Bien… maintenant, je suis chauffeur parce que j'ai pas réussi à faire tous les brevets, les cours et tout… » Mais là, c'est bon, il a réussi… Merci d’en avoir parlé!


— Je trouvais ça cute de voir qu’encore une fois, c'est pas nécessairement méchant, mais c'est une forme de préjugés. On parle d’un chauffeur de taxi, c’est pas du snobisme non plus, c'est juste qu'on pense pas que la personne a ces connaissances-là.


— Oui, c'est ça, t'avais raison! C'est ce qu’on se dit : ‘Il est un peu con…’, mais indirectement, c’est comme si on lui adresse un préjugé, c'est comme une sorte d'insulte! On se dit ‘Lui, il connaît rien, il est chauffeur!’ On ne se rend pas compte de tout ce qu’il peut connaître!


— En fait, moi par exemple, c'est pas que je me serais dit qu'il connaissait rien nécessairement… mais si moi j’avais été mathématicienne, je ne me serais pas attendue qu’il soit mathématicien! Mais… c'est pas vrai! J'en suis un exemple : tu vois, Adeline, moi j'ai un diplôme en architecture, mais j'ai jamais travaillé dans ce domaine-là. Donc, c'est bon… on sait jamais dans le fond à qui on a affaire!


Pour changer un petit peu de sujet, tu me disais que tu voulais parler de l'éthique du Québec… qu'est-ce que tu voulais partager par rapport à ça?


— Ben, tu vois, c’est gentil que tu aies parlé par rapport au chauffeur Haïtien… moi, si je peux me permettre, t’imagine ce que je dis? Parce que, Madame, je suis en train de devenir Canadienne! Là, je suis résidente, mais je vais avoir le truc d’immigration Canada. Mais je me dis… Comment nous les Québécois, on est en manque, en manque terrible de médecins, par exemple. C’est sérieux, tu te rends compte? Mais quand il arrive ici des Algériens, par exemple, des Haïtiens, tous ces gens, ils étaient médecins déjà… y’a pas une possibilité qu’il puissent y arriver? De se présenter aux concours, y’a toutes sortes de listes d’attente… et ça prend des années, et au final, ils y arrivent pas! Alors que ça prend des années, des listes d'attente pour qu'on puisse avoir les soins médicaux… C'est une sorte de blague sur nous, qui dit : « Au Québec, si tu veux voir un médecin, tu prends un taxi! » Aussi, c’est difficile d'avoir l'équité hommes-femmes… parce que l'égalité hommes-femmes, moi je trouve ça comme une sorte de préjugés… Si on peut avoir l’équité, c'est à dire que, si la dame en question, elle travaille pendant 10 heures, elle doit être payée pour 10 heures, également, équitablement comme le monsieur. Pour ça, je pense que le Québec est vraiment en avance, même si vous ne le voyez pas. Regardez, si on prend 4 générations avant vous, est-ce que vous vous rendez compte que ce qui se passait 4 générations avant nous? La dame, elle n’avait vraiment aucune chance de dire quelque chose! Maintenant, prenons par exemple Madame Marois, elle était au top du Québec, elle était Première Ministre du Québec! Juste quelques générations plus tard, c'est quand même… là c'est possible, c'est un fait qu’on peut observer! C'est un exemple! Il y a eu un moment… y'avait Clinton, Merkel, et la cheffe du FMI… c'étaient ces 3 dames qui étaient au top comme ça! Moi, je me dis ‘C’est un exemple!’


— C'est une forme de progrès pour les femmes, de voir qu’on peut faire la même chose que les hommes, finalement.


— Bien sûr, bien sûr! Le progrès, il est arrivé, c'est un fait! Elles se sont battues, mais elles l'ont, là!


— Exactement, et moi, je suis pour l'égalité. Pas seulement hommes-femmes, c'est dans tout; je suis pour le respect de tout le monde! Peu importe notre nationalité, peu importe notre sexualité, pour moi, c'est l'égalité pour tout le monde! Alors, ma belle, j'ai un dernier texte que j'aimerais lire avant qu'on se quitte… parce que j'ai trouvé ça trop mignon… je trouve que ça donne un bel espoir! Puis ensuite, je vais te laisser le mot de la fin.


Alors, ça s'appelle (écoutez-moi bien, c'est pas très long…) Papa et fiston Corona : « Enfin la terre respirera, dans cet hémisphère nord où tout a débuté. Le printemps rayonnera comme il ne l'a jamais fait depuis si longtemps. Quand tout sera terminé, pour ceux qui auront travaillé en eux pour trouver la paix de leur esprit, eh bien, eux trouveront la simple joie d'être, plutôt que de vivre dans l'obligation de paraître. Quand ils lèveront les yeux, ils découvriront comme la vie est belle, si précieuse… et l'air si pur. Capables de voir des eaux cristallines, ils entendront le chant du vivant et redécouvriront qu'ils ont une famille, des voisins. Ils souriront de tout et de rien, même à l'inconnu. Et lorsqu'ils retoucheront la terre, ils en donneront plus qu'ils n'en prendront. Seront-ils assez nombreux pour créer un nouveau monde? »


C'est vraiment beau, c’est vraiment très, très beau… Félicitations, Adeline! Est-ce qu’il y autre chose que tu aimerais nous dire avant qu’on se quitte?


— Sophie, et mes chers auditeurs, j'ose espérer que ce temps est bon pour vous et qu’il vous a inspiré à voir toutes les espèces de clichés qu’on a… on a tous regardé ensemble, avec Sophie, on a un exemple de clichés qu’on peut avoir… avec des anglophones, avec des Noirs, ou des Arabes, c'est des trucs dégoûtants qui font qu’on a besoin, comme vous venez de dire… on est en attente d'un nouveau monde! On va avoir une solution dès qu'on sortira de ce temps assez difficile en ce moment… on aura la joie, la chance, l'opportunité de se lancer dans un nouveau monde. Et tout ça, tout ça, je suis heureuse de l'avoir dit. Et je vous souhaite de bien lire et de faire toutes les choses que vous aimeriez faire, mes chers auditeurs! Merci à Sophie de m’avoir permis d'assister à cette émission et y participer! Merci!


— Ça fait plaisir! Mais y'a une chose qu'on n’a pas mentionné : quand est-ce qu'il sort ton livre? Est-ce que c'est déterminé?


— Merci pour la question! C'est prévu, avec tout le travail que Madame Courtois fait, c’est un gros travail… ça serait prévu pour cet été, mais c'est approximatif.


— Il y a beaucoup de gens pour qui ça a repoussé un petit peu avec le coronavirus et tout ça…


— Bien oui, parce que c'est en anglais, en français, en version junior aussi. Alors, ça fait comme 4 livres… au début, c'était prévu pour le mois de janvier, puis après, elle m’a dit : « Ça en fait 4, on va y aller! » On travaille beaucoup, puis on va on va réussir à le sortir en 4 versions, mais peut-être pour l’été…


— Super, encore félicitations pour ce beau projet-là et, quand tu auras ta date officielle, j'aviserai les gens, on mettra ton entrevue en vedette et on parlera de ton livre, comme quoi il est prêt! Je vais aussi mettre des photos de toi dans ce petit montage que je ferai après l'émission. À bientôt sur Facebook; je t’en donnerai une copie, ma belle Adeline! Je vous souhaite une très, très belle journée. Merci d'avoir été avec nous, et je vous embrasse, à la prochaine! Bye bye, au revoir!





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