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  • Adeline

Le Silence étudié dans le Tyrol


Alors j'utilise mon expérience autrichienne passée. Pas vraiment autrichienne mais Tyrolienne. Un peu comme une expérience Canadienne qui se déroulerait au Québec. Pas vraiment Canadienne mais Québécoise.

Tu sais c’était dans les montagnes. Mais les vraies montagnes. Si par malheur tu te retrouves au sommet c'est le vertige assuré.

Ok et le Silence notre sujet d’étude à quel endroit se trouve-t-il là-dedans? Un peu de patience s’il te plaît.

Bien au début tu ne comprends pas ce qu'il en est. Clairement tu peux être une centaine de personnes à table et... personne ne parle.

Imagine la difficulté. C'est que la nourriture OFFERTE par Mr. Peter et Mme Rosemary est délicieuse.

Imagine dans quelle angoisse j'étais.

Avec mes mains bougeant agressivement, mon allemand débutant et mon désir solitaire de parler. Peut-être ça allait me déstresser me disais-je.

Oui mais avec mes mains incontrôlées ayant renversé quelques assiettes, je me percevais comme une véritable sauveuse de leur glisser quelques mots. Avec mon bel et charmant accent.

Alors je me lance. Mais que c'est curieux car je ne suis comprise que par une petite partie de la tablée.

Il fallait même que quelqu'un répète après moi dans une langue inconnue. Et là ils se comprennent toutes et tous. Enfin je comprenais quelques mots. Un vrai charabia!

Je me tais en pensant à un piège. Alors je me cache et m'en vais à part les écouter. Oui, peut-être veulent ils me rejeter en m'empêchant de parler et de les comprendre?

Alors je les écoute et là m'aperçois d'une chose : ils ont toutes et tous un problème à la gorge.

Oui ils ne disent pas « danke »(merci), « rechnung » (facture). Eux c'est plus « dankrrrre» ou « rerrrrnung ». Et ça ne s'arrêtait pas un instant. Alors je pleurais. Je me suis sentie rejetée et isolée à cet instant. Et l’angoisse était à son sommet.

On était une centaine de personnes et à mon premier sanglot. Ils se rapprochent de moi. Et le Silence prend place. Il fait rage de par sa brutalité. Non pas un Silence de prière, de relaxation ou méditatif. Un des portes paroles de la soirée me dit: qu'y a-t-il, Adeline?

À cet instant j'explose en pleurs et explique que je ne comprends rien et lorsqu'ils échangent ensembles, c’est encore pire.

Alors ce même délégué de la soirée répond sur un ton sérieux et très officiel peut-on dire germanique sans racisme aucun)

« Adeline, nous nous excusons mais nous ne pouvons pas parler autrement. C'est notre dialecte. Nous sommes nés avec. »

« Bien ça alors c'est vrai? » Et la centaine de personnes incline la tête de haut en bas, en silence bien sûr.

« Oh merci ». Comme je veux tout apprendre, je lui demande: « comment pourrais-je apprendre? »

« Mais Adeline, ça ne s'apprend pas on nait avec. Nous le perdons de génération en génération. Tu sais la chef de famille Oma, elle parle un dialecte plus poussé que ces enfants. Et puis ses petits enfants ne le parlent presque plus comme ça mais le comprenne quasi entièrement.

Ainsi il m’arrive quelque chose de curieux : je ne sais pas quoi dire. Quoi dire sur leur silence et l’effort que je leur impose de ne pas parler leur langue (leur dialecte), et de mon impossibilité de pouvoir l’apprendre malgré toute ma motivation et mon souhait ultime de m’intégrer.

Je te demande chère petite voix de partir et de laisser mes chers lecteurs conclurent silencieusement sur l’expérience d’une jeune parisienne au pays des grands tyroliens. Les seuls et uniques partageant ma frustration étaient…. Les Allemands! J’ai tenté donc de me retrouver dans un pays autre que l’Allemagne et parler allemand en restant en Europe. Il n’y en eut point d’autre.

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