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  • Adeline

Lettre à M. l’instituteur Wintherlig


Là où j’ai grandi, c’était en plein terrain de Bourgogne.

Je n’avais pas le droit de trop rêver car mon avenir était déjà bien tracé et décidé à Corgoloin. Il me fallait effectuer la comptabilité de mon père. Il avait acheté un grand et magnifique terrain appartenant à ses parents, avant. Et moi, il allait me falloir l’aider en étant bien obéissante et en travaillant très convenablement et respectueusement

Car mon avenir était déjà bien tracé à Corgoloin. Un jour, il m’a fallu déménager à Châlon, me dis-t-on. Pas vraiment le choix car tu es bien trop désobéissante avec tes professeurs, actuellement. Tu devras aller étudier dans la sévérité du privé représenté par les nonnes catholiques.

À l’arrivée de l’enseignant ou de quiconque passait la porte de la salle de classe et bien, tous les élèves sans exception devaient rapidement se lever. Puis il nous fallait attendre un signe de la main de l’enseignant pour se rassoir dans un silence de marbre. En fait, un silence « plein de peurs et hiérarchique, catholique? » Mais alors il va falloir recommencer cette scène chaque jour et à chaque heure de cours. Mais quel ennui ça va être de se trouver dans l’obligation de faire tout cela simplement pour étudier.Pas de choix et de négociation possible me disais-je.

Dès la rentrée scolaire, je remarque cet enseignant, qui semblait gentiment et rapidement, me prendre sous son épaule, il m’a semblé avoir compris. Compris ma désobéissance effrénée. Excepté avec lui. Lorsque je rentrais dans le monde ou la classe de M. Wintherlig, je laissais dehors ou à la porte l’ennui et la désobéissance pour la paix et l’intérêt de comprendre et d’apprendre, ce cours magnifiquement orchestré et enseigné.

Quand il demandait à toute la classe de lire, un chapitre, pour moi, c’était le livre complet, qu’il allait me falloir étudier, recopier et réciter. Il me donnait cette consigne discrètement accompagné d’un petit clin d’œil classe et joyeux. C’était un peu éprouvant et assez exigeant. Si j’osais montrer un léger énervement avec un petit sentiment d’abandon, il me reprenait discrètement mais sévèrement. Voyons, dis donc. Recommence.

Et puis, c’est la fin de l’année scolaire et en ayant la larme à l’œil, que je me devais le saluer et le remercier pour ces deux années merveilleuses, où j’étais assise à étudier le mieux que je pouvais : comprendre, analyser et réciter son enseignement.

Alors comme cadeau d’au revoir, il m’a offert un cahier en me disant : il est magique et puissant alors ne t’en sépare pas et noircis-le de toutes tes épithètes et de jolies phrases. Et surtout, n’oublis d’emmener toujours avec toi et écrits tes lecteurs. Quand tu le termineras, tu me rencontreras, si je suis encore de ce monde. Allez, va.

Une vingtaine d’année plus tard devant la création de mon blog et devant la prochaine publication de mes articles, j’ai toujours conservé le cahier de M. Wintherlig.

Le cahier a toujours été avec moi et les pages noircies de mes expériences personnelles, en Autriche, Bruxelles, Canada et États-Unis. En fait, il relatait mes amis, mes amours et mes emmerdes. Il relatait mes rencontres et mes difficultés devant l’apprentissage des différentes langues parlées, tristesse et joies, bien évidemment. Il se noircissait facilement, et semblait arriver à la fin.

Et par hasard, un de ces derniers jours, je rencontre Mélanie Voiret. Une ancienne camarade de classe du collège. Pour elle aussi, tout comme moi, le temps avait laissé ses traces. M. Wintherlig est toujours en Bourgogne m’a-t-elle dit, a demandé de mes nouvelles et se rappelle bien de moi. Alors que je m’installe au Québec, je me demande : se rappelle-t-il de son cahier magique et se reverra-t-on?

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