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  • Adeline

Lettre pour vous Jacques-Michel

Mis à jour : 30 juil. 2020

Il y aurait seulement fallu quelques années de moins pour vous et quelques années de plus pour moi pour qu’on puisse se dire Je t’aime.

À notre rencontre, on excellait et brillait, un peu comme des jeunes amoureux de 20 ans. L’excitation et l’enthousiasme était de mise. On se payait de la nourriture qui devait absolument être bio et consistante pour moi, alors que pour vous c’était des bons films au cinéma, et des allers retours à St Marguerite du Lac Masson qui à notre arrivée là-bas, nous faisait pleurer d’émotion. Chacun notre tour, on se contentait de pensant à l’autre.

Oh mon Jacques-Michel, je vous suppliais de me tutoyer mais strictement vous répétiez : non, non je ne peux pas car lorsque je vous ai rencontré, vous étiez professeur menant classement et professionnellement un amphithéâtre de 350 étudiants. Il fallait bien se tenir. Oui, nous car j’étais un étudiant mature comme ils disent.

En fait, il y avait un simple détail. Bien vous aviez la soixantaine alors que j’effleurais tout juste la trentaine.

Il y aurait seulement fallu quelques années de moins pour vous et quelques années de plus pour moi pour qu’on puisse se dire Je t’aime.

Cette dernière phrase, beaucoup de personnes l’ont répétée. Sans relâche. Allant du chauffeur de taxi, au restaurateur et du professeur. Tous répétaient, sans cesse à chacune de nos sorties et à l’infinie : C’est votre père? Et moi de répondre : qu’est-ce que ça peut vous faire?

Même si ces remarques étaient nombreuses, qu’à cela ne tienne, j’étais amoureuse.

Mais que cet amour était coûteux : ils, chauffeurs de taxi, aux restaurateurs et aux professeurs me tournaient abruptement et strictement le dos. Même ma famille de France et les paroissiens des différentes églises où j’aimerais m’intégrer.

Pour ces derniers, en français, anglais et espagnol : toujours le même discours : Bienvenue, Adeline mais arrange-toi de venir sans Jacques-Michel, la prochaine fois.

J’ignorais tout ceci en me disant qu’ils n’avaient rien compris.

Il y aurait seulement fallu quelques années de moins pour toi et quelques années de plus pour moi pour qu’on puisse se dire Je t’aime.

Cette histoire a complétement basculé lorsque nous avons déménagé. Oui, il semblait que nous étions amoureux. Il le semblait mais était-ce vrai?

Griffintown, rue Bassin en plein milieu de Montréal et des grands travaux. Quand même, me disais-je, il me suffit de m’assoir sur notre balcon pour y voir l’Université là où j’enseigne devant les 350 étudiants. Tout doucement, progressivement, j’en perdais l’envie. Impossible penser d’arrêter, j’aime bien trop enseigner. Doit-on croire que ma passion ne fut pas assez élevée pour passer au-delà des difficultés?

Il semblait que je me forçais à l’aimer avant qu’il le fasse lui-même.

Oui, il me fallait accepter d’être forcée à être embrassée chaque matin. Aussi d’être forcée à être agenouillée suivant ses désirs.

Je passais mes nuits sans dormir en gâchant mon bel avenir comme me le disaient tous et toutes, tu sembles si triste Adeline, « Serais-tu tombée amoureuse d’un égoïste ? Tu fous toute ta vie si prometteuse en l’air ». Je ne savais pas quoi leur répondre en espérant et priant, pour un geste effectué avec tendresse et sans brutalité mais simplement affectueusement.

Il avait remarqué ma capacité d’écrire et prononçait de longs discours en disant que je n’étais pas à ma place à l’Université devant n’importe qui. C’était très humiliant de l’écouter prononcer ces paroles me semblant fausses. Ça donnait une douleur extrême au ventre. Ça me faisait aussi rougir de malaisance.

Mais j’avais si peur, voir panique d’être seule avant qu’enfin, je ne le serais plus avec mon intégration progressive à l’Église Emmaus et aussi mon déménagement à la Résidence à Terrebonne.

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