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Ma rencontre avec Huguette


Il y a environ un mois, j’ai rencontré Huguette. S’il vous plait, chers lecteurs, laissez-moi attirer votre attention. Ne me dites pas que vous osez oublier ce temps si difficile : ma quarantaine. Huguette + don forcé du sofa. Superviseur mécontente et 14 jours de quarantaine. Ok vous semblez vous en souvenir.

Alors, venez avec moi, je lui ai pardonné, évidemment. Cf article sur ma lettre à Mary Ramsay et Pastor Trevor.

Alors elle restera catholique jusqu’à la fin de ses jours alors que je resterais stoïquement protestante à en mourir.

Maintenant et ces 2 dernières semaines, elle m’a comblé de dons : confiture maison, don d’un beau bureau et d’une magnifique chaise, là où je peux écrire ce texte, par exemple.

Je tente de lui donner un mini versement, qu’elle refuse catégoriquement. En vérité, nous ne bavardons pas, nous crions. Seule explication, elle a 80 ans et n’entend pas d’une oreille. Une seule ou les deux, je ne sais…

Après ma énième tentative de versement, elle m’hurle garde ton argent, car mercredi à 14 :45, nous irons chez le coiffeur. Je ne peux plus te voir avec tes cheveux hirsutes, trop long et non rangés. Est-ce que les protestants se coiffent comme ça? Et tes protestants anglais?

Je balbutie, non pas du tout. (D’un coup, je ne peux que me souvenir de votre classe avec vos chevelures, chers tous et toutes Anglican Community. Personne ne s’est laissé aller, comme moi, j’en convient.)

Alors à cet instant, elle s’enflamme en hurlant encore plus fort. Maintenant tu m’écoutes, charmante demoiselle, mercredi à 14h, je veux te voir prête à monter dans ma voiture. Prépare aussi ton argent. Je n’accepterais aucun retard. Je te laisse à tes prières, et tes anglos.

Elle a véritablement sonné le glas. Comme d’habitude, d’abord c’est la panique, remplacé par mes prières, me permettant le raisonnement nécessaire.

Mercredi 12 h 45, quelqu’un frappe brutalement à ma porte. À part, elle personne ne réussit à me faire sursauter de la sorte.

Elle entre et me dit : On y va, dépêche. Alors, je me confonds en excuses. Et balbutie en déglutissant : Madame Huguette, vous êtes tellement en avance.

Elle répond bien sûr d’elle : tu te tais, c’est moi qui conduis et je te donne l’autorisation de monter à l’intérieur de MA voiture pour te rendre à un rendez-vous que j’ai moi-même entrepris.

Allez, mais quelle mollesse. Si j’avais ton âge, je peux te dire…

Je dégluti et ose lui hurler, mes yeux avec quelques larmes : « ne voyez-vous pas, que j’ai un problème au genou droit m’empêchant de bien marcher ?

Bien sûr, je le vois. Mais où est donc passé ton combat quotidien? Ta ballade quotidienne et ton refus absolu de t’assoir dans ce maudit fauteuil roulant. Alors que ceci semble si tentant. Laisse-moi, participer à ton combat en te soutenant à chaque instant.

Elle m’a dit ces propos calmement et sans hurlement. Bref, je commence à l’aimer, cette dame.

Avant qu’elle se remette à hurler mais maintenant, je te demande s’il te plait, do bouger et de laisser de côté ta mollesse et ta lenteur.

Ça y est. Je me soulève de mon canapé (qui a été le sien pendant de nombreuses années) et le plus rapidement possible, je sors de mon appartement, la boule dans le ventre. Que va-t-il de passé?

Et oui, et malheureusement, je pars en chaussette. Elle s’en aperçoit, et me dit : les clefs de ton appartement et dis-moi, la couleur de tes chaussures (au fond de moi, je pense, tu n’en a qu’une paire, chère, Adeline.

Je réponds livide le plus fort possible : Rouge

Elle ressort en tenant à la main mes chaussures et en me criant d’enlever mes chaussettes qui ne servent pas à grand-chose. Elle a fait mes lacets, en disant, je sais que tu es capable mais comme tu iras dans ma voiture, c’est moi qui commande. Maintenant, bouge et marche rapidement à la sortie. Arrivée devant la voiturem je m’installe toujours masquée comme elle, bien attentionnée et respectant les règles.

Non, la quarantaine, on ne veut plus y penser. On a assez donné.

On roule, tranquillement mais bien correctement. Rien à signaler. Juste un chauffard, osant nous doubler par la droite.

Regarde ça, Adeline un vrai écœurant, ce gars-là...

En fait, on arrive devant le Salon de coiffure et il est arrivé cette expérience bien comique. Il va falloir déplier ma belle marchette, si extraordinaire et efficace comme Huguette le voulait.

Elle s’énerve, et place toute son énergie dans la machine. Au point, que la coiffeuse, en personne, s’approche pour y mettre à son tour ses efforts afin de déplier la machine. Avec ses ciseaux, son masque et sa serviette autour de son cou.

Qu’à cela ne tienne la machine ne bouge pas d’un iota, avec ces deux personnes fortes et armées de courage.

Alors dans ce désagrément, on fait appel à Natalie. Elle nous confie qu’elle est infirmière et déplie la chose en quelque secondes.

Ouf sauvée. Pas vraiment me dis-je, en ouvrant la porte. À cet instant, Huguette me crie « tu me suis et dois t’assoir ici. »

J’obéis et me voilà assise et tremblotante, j’ose montrer la photo, lors de mon dernier séjour à Paris.

Madame Johanne, c’est comme ça que je les veux. Alors c’est parti et ma coupe hirsute sera à nouveau belle me disais-je, Il me faut fermer les yeux ne pas douter et prier.

Mais après quelques minutes de découpage, je vois Huguette qui a empoigné le balais et la pelle en hurlant : ce n’est pas un bonus avec toi, chère Adeline, c’est un véritable travail de ramasser toute ta tignasse à terre, Et puis, lève tes pieds, je ramasse tout cela. Il va y en avoir pour deux pelles, minimum. D’un coup, elle se rassoit avant de me dire clairement, en joignant le geste à la parole : donnes-moi ton masque, car il ne fait de glisser sur ta bouche et empêche la coiffeuse, de travailler proprement en évacuant cette tignasse. Elle avait bien raison, car les cheveux rentraient dans ma bouche. Je risquais le véritable étouffement prochainement.

Abruptement, elle prend le masque, Huguette l’a resserré. Et c’était vrai qu’à ce moment encore une fois, je risquais un vrai étouffement prochainement. L’air entre ma bouche et le salon ne circulait plu.

La question ultime à cet instant doit être bien claire: t’es tu fais couper, les cheveux ?

Oui, vous répondrais je et cela sans hésitation.

En êtes-vous satisfaite? Alors là, bien sûr que non. Je me souviens d’une chose en arrivant à la caisse, toujours portant mon casque et à peine capable de respirer avoir dit : merci, au revoir et à une prochaine fois comme la reine des idiotes.

Alors, en rentrant, j’ai été salué chaleureusement parles résidents des Amandiers ayant l’air étonnés : tu es bien jolie, et il semble que quelque chose a changé. Cette fois ci, l’air entre ma bouche et la résidence où l’on m’applaudissait et me tarissait de compliments ne circulait plu du tout. En considérant cette situation si difficile, je ne fus incapable d’apporter la moindre réponse…

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