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  • Adeline

Une si belle expérience ce Montréal-New York.

Une si belle expérience ce Montréal-New York.

C’était du temps où j’étais étudiante et je m’en souviens (comme toutes vos voitures, le disent, chers québécois) encore.

Alors nous nous préparons. Je ne sais pas où je vais. Comme toujours, je fais une confiance aveugle en mon hôte. Eh bien, cette confiance aveugle, qui s’apparentant à de la fainéantise m’a parfois ou souvent emmené dans de ces situations… incroyables. Venez, je vais vous raconter celle-ci.

Dans ce cas-là, une des premières choses à ne surtout pas faire avant de la tenter est d’en parler à Maman.

Bon, je pense New York. Simplement de prononcer ce mot me donne encore la chair de poule. Je ferme les yeux et de claires images montent dans ma mémoire. Je me voyais déjà en haut de l’affiche rencontrant Clint Eastwood ou des politiciens comme Bush. Je leur serrais la main, bien sûr. Et comme, mon anglais était balbutiant, ils comprendront. Car ce sont des Américains et ils comprennent tout eux.

S’il m’arrivait de rencontrer un acteur anglais comme Sean Connery sur mon chemin, et bien comme, ils ont des réelles difficultés à me comprendre, et bien ils feront appeler un traducteur ou même deux. Ainsi, je leur lirais et leur démontrerait mon dernier essai présenté à mes deux professeurs de McGill, William Watson (Canadien conservateur et chair du département) et Paul Dickinson (Canadien et Anglais du nord parlant un Anglais incompréhensible, nécessitant un traducteur afin de me comprendre). Ils m’ont mis 98% à mon essai qui démontrait que les États Unis perdront de leur grandeur et l’Europe courrait à la catastrophe. Elle devra absolument se séparer de l’Angleterre pour ne pas s’effondrer. Ce n’était pas de la prophétie mais de l’Économétrie. C’est écrit, pensé et calculé.

Mince, j’ouvre les yeux et me souviens de cette immense angoisse : j’allais donc me retrouver avec des Américains en majorité? Je referme les yeux en rigolant de ma panique vécue il y a …. Quinze années. Cette phrase à répétition, dès l’ouverture des portes : « check the gap ». Sorry, Jane, je ne me souviens pas du terme, pourrais-tu me le rappeler lundi prochain, si tu le veux bien?

En route à bord de notre bus, je ne peux dormir. Je partais d’une terre étrangère (Québec, Canada) pour en aller visiter une autre (US) qui n’est pas n’importe laquelle : quelle excitation et bonheur devrait sûrement venir : est ce qu’ils me proposeront de rester faisant de moi, une vraie Américaine détenant le prix Nobel, c’était sûr.

Je me voyais déjà en haut de l’affiche. D’un coup et d’un seul un monsieur Américain de l’immigration hurle d’une voix forte : Canadiens, par là en indiquant un petit couloir bien sombre alors que pour les autres par ici en indiquant une voie semblant sans issue.

Chers lecteurs, êtes-vous toujours ici? Je vous le dis, je choisis « Canada », ce malgré la détention d’un passeport bien franchouillard (français).

Dès mon premier pas, dans cette direction, un grand monsieur extrêmement musclé style Clint Eastwood, s’approche rapidement de moi et mon sac. En fait, il est brutalement tiré par son chien. Curieux… Pas tant que cela, cela peut être explicable avec mes crêpes faites maison avec nutella XXL effectuée le matin même. En France et au Québec, j’étais connue et reconnue par leur goût et leur excellence.

Et bien dans ce maudit questionnaire, à la première question : Avez-vous des produits laitiers ? : Avez-vous des produits alimentaires ? Sans hésitation, je réponds NON aux 2 questions. Mais voyons, me disais-je en ce temps, ce gros Pitbull est bien trop agressif.

Oh ce souvenir est si plaisant. Simplement 15 années plus tard, se rappeler de ce que cela peut faire : je ne marchais pas, mais courrais et précédait de moi toute conversation. Allez, je me laisse aller dans mes pensées quitte à m’éloigner un peu de la vérité à cet instant. Je m’assoupie dans mon trois et demi de Terrebonne.

En quelques secondes, mes mains sont attachées derrière le dos avant d’être tirée rapidement dans une salle tout en blanc. L’air n’était pas vraiment respirable et sentait la détention.

Bien sûr, j’avais un bonnet sur la tête m’empêchant de bien tout observer. La belle ambiance du Québec et de Montréal commençaient déjà à terriblement me manquer.

Mais honnêtement, me disais-je, me mettrons t-ils en prison, pour quelques crêpes? De plus, le grand Monsieur, style Clint Eastwood, avait laissé le Pitbull en dehors de la salle et il tenait dans ses mains, une cagoule style Guantanamo menaçante pour mes yeux et mon visage. Aucune fenêtre ou de chaise aux alentours.

À cet instant, un monsieur grand et bien sévère m’hurle : pas de traducteur. Si t’en désire un absolument, alors on va te transférer immédiatement. Alors, tu réponds à mes questions clairement. Right, Madame?

Imaginez cela à quelle point mon angoisse a été totale. Pensaient-ils alors me transférer à Guantanamo?

1ère question : où iras tu lorsque tu auras passé la frontière?

Ma réponse, en tremblotant et déglutissant : je ne sais. Chez mon amie m’accompagnant.

Il répond plein de confiance en se tournant vers Monsieur Pittbull, il lui crie, assez poliment, fais-la rentrer.

Alors, mon amie lui explique que nous sommes 2 étudiantes étrangères de Montréal (Québec) étudiant à McGill. Que je suis née en France ceci expliquant la faiblesse de mon anglais. Mais je parviens à être la 1ère de la classe. 100% à ma dernière note en maths. Je ne pouvais que bouger ma tête verticalement pour approuver ces propos.

2ème question : connaissez-vous Al-Qaïda? Par quel malheur, je réponds oui. Monsieur Pittbull, me serre la cagoule Guatenamo sur mon visage et sonne l’alarme en me baissant brutalement la tête: une dizaine de grands Messieurs Pitbull et Clint Eastwood rappliquent. Ils redressent mon visage pour me bander la bouche. Et puis, je les ai aperçus pousser mon amie étudiante en dehors de la salle.

Tout semblait sans issue. Alors, je parviens à dire ces mots : « Écoutez, Messieurs, les États-Unis sont une nation rêvée pour moi. Vous m’avez fait rêver de nombreuses fois, avec toute votre classe. Bien sûr que je connais Al-Qaïda, et je sais très aussi que c’est une organisation terroriste. Mais ceci ne m’empêche pas de la connaître et de l’étudier. Avec tout mon respect pour vous, je trouve cette question très mal posée. Pas vous? »

Je referme les yeux à cet instant bien sûre qu’ils allaient m’envoyer dans une prison style Guantanamo. Une porte s’ouvre, mes yeux toujours fermés, et j’entends parler mon amie et ait l’impression que les Messieurs Pitbull et Clint Eastwood bougeaient. En fait c’est sûrement à cause de toutes les chaines qu’ils portaient que ça faisait un tel vacarme. : c’était sûr qu’ils allaient l’emmener aussi.

Et d’un coup et d’un seul, je sens dans mes mains une main ferme qui me faisait mal simplement de les effleurer.

Ils les ont décrochées afin de me les libérer. Et puis, il me dit : penses à moi quand tu écriras cette expérience. D’accord, Monsieur.

Enjoy your trip, demoiselle, dans mon pays, que tu aimes tant. D’accord?

Oui, M’sieur!

Je m’en vais le plus rapidement possible à l’intérieur du bus, pleins de Québécois…. Je savais en ce temps, que l’obéissance viendrait certainement, mais pas à ce moment. Ça me faisait si peur de le devenir, avant de l’être complètement. Avec le Nobel Price, plus tard. Je percevais ce changement comme étant un véritable mouvement qu’il allait me falloir effectuer plus tard. Évidemment, mais pas maintenant.

J’ai été si fière de partager mes crêpes durement méritées avec mes chers collègues de bus Canadiens, en route vers…. New York. Honnêtement, entre vous et moi, nous avons fêtés ma désobéissance, leur ayant couté quatre heures d’attente dans le bus, rattrapé par des délicieuses crêpes au nutella XXXL à partager. Rattrapées ou pas? À vous de dire.

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